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« Le peintre de l'engagement. »

Véronique Tomazewski

Scociologue de l'art

Une peinture de l'engagement

"Rien, dans la vie française du peintre André Michel, ne pouvait laisser présager du destin qui l'attendait au Québec.

Il s'inscrit dans la lignée de peintres comme Georges Catlin et Charles Bodmer qui ont voulu témoigner de la grandeur des Indiens d'Amérique du Nord. Il appartient à cette race de pionniers, artisans patients et butés qui transforment le monde en le façonnant. André Michel le peintre est aussi un habile sculpteur dont le nom restera gravé dans les mémoires de la terre. Sur la blancheur des étendues plates de Sept-Îles, il a fondé trois musées et quatre autres lieux muséaux dans le riche paysage artistique de Mont-Saint-Hilaire, dont La Maison amérindienne.

À la fois pour eux, Montagnais aux regards perdus dans de lointaines légendes, et pour les "Blancs" aveuglés par leurs ambitions, l'artiste a cristallisé la culture montagnaise, imprégnant ses toiles de leur présence troublante pour en assurer l'immortalité. L'œuvre d'André Michel fait désormais partie de leur patrimoine.

André Michel arrive à l'automne 1970 à Montréal pour une exposition. La « crise d'octobre » éclate. Il en profite alors pour visiter le Canada d'Est en Ouest. Fasciné par les paysages de la Côte-Nord du fleuve ST-Laurent, il décide de rester et s'installe peu après à Sept-Îles. Avec la passion d'un paysagiste québécois comme Marc-Aurèle Fortin, il sort régulièrement croquer sur le vif, assis à même la terre, les rivières, les forêts d'épinettes aux troncs décharnés. C'est dans cette position que l'artiste rencontre Jean-Marie MacKenzie, celui qui va l'emmener parcourir l'âme montagnaise. Une profonde amitié naît. Au rythme lancinant des chants martelés par le bruit sourd du tambour, Jean-Marie saura communiquer à l'artiste les plaisirs de la vie dans le bois, dans la simplicité des traditions.

Ainsi, le temps va doucement gommer les différences et installer amour et respect entre André Michel le "Blanc" à l'accent provençal et Jean-Marie, le Montagnais pêcheur et chasseur de la Côte Nord. L'artiste abandonne peu à peu ses boîtes de conserves pour manger de la viande de caribou et de la graisse d'ours. Il fait des recherches sur les costumes et les chants traditionnels, mettant rapidement sur pied la troupe de danse Carcajou du nom du petit animal espiègle que la mythologie montagnaise a consacré. La troupe ira en France danser la "chasse à l'ours".

Pendant presque deux décennies, André Michel côtoie le peuple montagnais, participe à des activités de pêche et de chasse, se dissociant de l'attitude méfiante des "Blancs" de Sept-Îles. Les autochtones l'adoptent rapidement laissant tomber à son endroit la distance qu'ils utilisent comme protection contre l'arrogance.

Ce furent des années de rapprochements sur le terrain accidenté de la culture et de la fraternité, à la rencontre de l'autre.

Ces années ont fait d'André Michel Mikupishan (l'Arc-en ciel), un Montagnais engagé, brandissant pinceaux et peinture à la défense d'un peuple dont les traditions s'éteignent..."

Véronique Tomaszewski

Extrait du livre Les Indiens Montagnais du Québec - Entre deux mondes - Éditions Sépia - Musée de l'Homme - Paris.